Moïse et le serpent d’airain
Un modelé vivant, continuellement diversifié, répondant davantage aux injonctions de la sensibilité qu’à la rigueur d’une logique rationnelle, révèle un aspect surprenant de la personnalité artistique du sculpteur pérugin, qui apparaît presque prudemment polémique à l’égard de la codification maniériste d’un certain courant de la poétique michelangelesque ; Danti, à vrai dire, n’élude pas la référence à ces précédents écrasants : le relief fait en effet écho à un pendentif de la voûte de la Sixtine ; mais les exigences plastiques, par l’alternance nerveuse entre des saillies lourdes de matière et des évanouissements en pur graffito, par le refus du goût typiquement maniériste des silhouettes cérébralement élégantes au profit d’un modelage par grumeaux, à forts contrastes, situent cette œuvre dans une aire culturelle plutôt exceptionnelle, que nous pourrions qualifier de fronde michelangelesque. Mais le relief nous apparaît comme un fait stylistique plutôt insolite dans le milieu florentin et un résultat exceptionnel, même dans le parcours créatif de Danti.
Bruno Balestrini (photographie), « Moïse et le serpent d’airain », œuvre de Danti Vincenzo, Sculpture baroque, Florence, Museo Nazionale del Bargello. Archives photographiques Bruno Balestrini, https://brunobalestrini.org/cita/sch00291/. Consulté le [date de consultation].