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Pompéi — la Villa des Mystères

Pompéi — la Villa des Mystères

Texte de Frida De Salve — photographies de B. Balestrini

Vers le milieu du XVIIIe siècle, grâce aux fouilles de Pompéi, on parvint à un tournant décisif pour la connaissance du monde romano-italique. Les fouilles vésuviennes, en effet, mettaient au jour une ville antique tout entière, avec ses trésors et ses objets de la vie quotidienne.

Jusqu’alors, les connaissances sur l’Antiquité classique étaient, presque entièrement, dues à Rome, mais l’image que pouvait restituer Pompéi, restée entièrement ensevelie depuis le 24 août 79 apr. J.-C., était assurément plus complète et plus déterminante que celle de Rome, qui, au fil de toutes ces années, s’était développée et, de ces années-là, n’avait conservé que les éléments les plus importants.

La ville de Pompéi s’élevait sur un plateau formé par une coulée de lave. Au nord se dressait le Vésuve, caractérisé alors par une pente douce, auquel on devait des terres fertiles, idéales pour la viticulture. Au sud, en revanche, coulait le fleuve Sarno, qui donna aux habitants du lieu l’occasion d’entreprendre une fructueuse activité d’échanges commerciaux avec les autres villes de Campanie.

L’occupation proprement dite de Pompéi commença au VIe siècle av. J.-C. et la ville fut aussitôt entourée de murs, construits en pappamonte (lave tendre), lesquels, précisément en raison des caractéristiques du matériau de construction, n’étaient pas destinés à constituer un système défensif, mais plutôt à délimiter le territoire de la ville.

Il est important de rappeler que deux sanctuaires très importants remontent à cette période, situés l’un à l’ouest et l’autre au sud-ouest, le sanctuaire d’Apollon et le sanctuaire d’Hercule et Minerve.

Nombreux sont les doutes sur ceux qui peuplaient Pompéi à cette époque, mais, parmi les hypothèses les plus accréditées, nous pouvons citer les Grecs, les Étrusques et les Ausones.

Le remplacement des murs en pappamonte par de véritables murailles urbaines eut lieu entre 525 et 474 av. J.-C. en raison de la guerre entre Grecs et Étrusques, en lutte pour la suprématie en Campanie.

Les nouvelles murailles étaient constituées d’un double parement de blocs équarris en pierre du Sarno et ceignaient la même aire que les précédentes.

Les murailles furent encore remplacées et renforcées, selon le degré de protection que requérait la ville. À cette époque, en effet, diverses luttes se succédèrent en Campanie, comme l’affrontement entre Samnites et Romains et la deuxième guerre punique, qui vit la descente d’Hannibal dans le sud de l’Italie.

Les murailles prirent alors leur forme définitive: à double courtine, avec un ager à l’intérieur et un vallum à l’extérieur. La ville resta, toutefois, alliée de Rome et, à cette époque, grâce au commerce avec les autres villes, Pompéi s’enrichit et commença à employer ses revenus pour embellir la ville. De ces années datent le Forum civil, le Forum triangulaire, le Grand Théâtre et le Quadriportique.

Cette situation favorable prit fin vers les années 89 – 80 av. J.-C., lorsque Pompéi décida de s’allier aux Alliés italiques contre Rome, pour le droit au « statut » de « citoyens romains » et, pour affronter la guerre, renforça les murailles de treize tours.

La ville fut prise par Sylla mais, heureusement, les colons décidèrent de poursuivre le programme d’hellénisation, en cours à Pompéi, et firent construire le temple de Vénus, l’Odéon, les thermes du Forum et l’amphithéâtre.

On arrive ensuite à l’an 62 apr. J.-C., année où Pompéi, avec d’autres centres des environs du Vésuve, fut frappée par un tremblement de terre d’une extrême violence, suivi de nombreuses autres secousses, qui détruisit un très grand nombre d’édifices.

Les Pompéiens se mirent aussitôt à l’œuvre pour les restaurations, malgré les troubles sociaux qui caractérisèrent cette période, mais les travaux furent brusquement interrompus le 24 août 79 apr. J.-C., lorsque Pompéi fut frappée et entièrement ensevelie par une éruption dévastatrice du Vésuve.

Les centres les plus touchés furent Pompéi et Herculanum, et tout le territoire de la vallée du Sarno se retrouva recouvert d’un énorme manteau blanc.

Pompéi était recouverte d’une couche d’environ six mètres et, bien que l’on eût interdit à quiconque de passer par la ville, mesure nécessaire pour protéger la propriété des survivants, elle fut pillée au fil des années au moyen de galeries creusées par des clandestins.

Les fouilles de Pompéi commencèrent en 1748 et, aujourd’hui encore, elles ne sont pas achevées.

Depuis lors, les travaux ont été dirigés, évidemment, par de nombreuses personnalités et, au début, ils furent menés de manière déplorable. Souvent, en effet, les édifices mis au jour, étaient dépouillés de leurs meilleures peintures, qui étaient ensuite remises au roi, si elles étaient jugées dignes de sa collection privée.

Les dévastations commises par le roi Charles III cessèrent grâce aux dénonciations de nombreux savants et, surtout, de J. Winckelmann. En 1765, en effet, sous la direction de F. La Vega, on établit que chaque édifice mis au jour, devait conserver sur place ses propres architectures, les œuvres non fixes étant exposées au musée royal.

Par la suite, avec l’arrivée des Français à Naples, Pompéi suscita le vif intérêt de Caroline Bonaparte, épouse du roi de Naples, qui programma la fouille de toute l’enceinte,

de manière à repérer les portes de la ville et, donc, les principaux axes de circulation, dans le but d’obtenir une certaine continuité dans les travaux.

Le programme se révéla trop vaste et, en 1815, lorsque les Bourbons revinrent, le projet n’avait été réalisé qu’en partie.

De 1815 à 1863, c’est-à-dire pendant la période bourbonienne, les travaux subirent un brusque ralentissement.

En 1863, la direction des travaux passa entre les mains de G. Fiorelli, qui mena l’entreprise de façon remarquable. Il décida d’appliquer une nouvelle méthode pour effectuer les fouilles. Jusqu’alors, en effet, on dégageait d’abord les rues, puis de celles-ci on pénétrait dans les maisons ; Fiorelli établit au contraire que l’on fouillerait par le haut, de façon à rendre plus simple, et aussi plus précis, le relevé de tous les éléments qui constituaient les habitations. C’est encore grâce à lui que l’on parvint à réaliser une systématisation topographique, qui divisait les quartiers en Regiones, Insulae et maisons, et à obtenir la restitution de la forme des corps des victimes et de tous les éléments organiques vivants au moment de l’éruption, grâce à l’emploi de moulages en plâtre. Les organismes, en effet, après leur décomposition, avaient laissé un vide dans la cendre du volcan.

Les successeurs de Fiorelli continuèrent à suivre ses méthodes pour effectuer les fouilles et, de plus, firent en sorte que les peintures et les mosaïques ne soient pas non plus séparées de leur lieu d’origine.

On en vint ensuite à la direction de Maiuri, l’un des savants les plus déterminants dans l’histoire des fouilles de Pompéi, lequel, dans les années comprises entre 1924 et 1961, dégagea toute l’enceinte de la ville. Il lança en outre le programme de recherches stratigraphiques destiné à éclairer l’histoire la plus ancienne de l’habitat.

Les directeurs des travaux qui ont succédé à Maiuri se sont pour la plupart consacrés aux travaux de restauration de Pompéi et, aujourd’hui encore, sur les soixante-six hectares que couvrait la ville, seuls quarante-quatre ont été mis au jour.

Si l’on passe à l’analyse des techniques de construction en usage à Pompéi, il faut relever que les matériaux de construction les plus courants étaient: la pierre du Sarno, la pierre de lave du Vésuve, l’écume de lave, le tuf gris, le tuf jaune, la brique et le travertin.

Tandis que, quant aux techniques, rappelons: l’opus quadratum, l’opus africanum, l’opus incertum, l’opus reticolatum, l’opus latericium, l’opus vittatum et l’opus vittatum mixtum.

Les systèmes décoratifs utilisés à Pompéi sont au nombre de quatre et sont appelés « styles ». Cette classification a été rendue possible grâce à A. Mau, qui écrivit en 1882 l’« Histoire de la décoration murale à Pompéi »

Le plus ancien est le Ier style, appelé aussi « à incrustation » ou « structural ». Il fut utilisé entre 200 et 80 av. J.-C. et sa caractéristique est d’imiter des éléments architecturaux comme les corniches, pilastres, bossages, en utilisant le stuc et en obtenant, grâce aux décorations, un effet semblable au marbre. Ces caractéristiques ne furent jamais abandonnées, pas même avec l’avènement des styles suivants.

L’époque de Sylla, 80 – 25 a.C., fut caractérisée par le IIe style, dit aussi « architectural », qui reprit les éléments décoratifs du Ier style, à la seule différence que le stuc fut remplacé par la peinture.

Généralement, la décoration était constituée d’un haut podium, sur lequel s’élevaient quatre colonnes et, souvent, on y trouvait des tableaux avec des scènes naturalistes et des personnages divers (un exemple frappant de ce type de décoration se trouve dans la Villa des Mystères).

Le IIIe style, « ornemental », en vogue de 25 à 35 av. J.-C., n’apporte que des révisions par rapport au précédent: les colonnes s’amincissent, prenant l’apparence de colonnes d’ivoire ouvragées, les décorations sont constituées de miniatures, les couleurs se font vives et les fonds sont, généralement, blancs ou noirs.

Le IVe style, « fantastique », fut principalement utilisé après le tremblement de terre de 62 apr. J.-C. et l’on y trouve plusieurs éléments du IIe style, avec une fantaisie architecturale marquée, et quelques-uns du IIIe style, avec un ton décoratif accentué. Ce dernier style, précisément en raison des caractéristiques indiquées, donne aux architectures un aspect irréel.

À cette même époque, au IVe style s’ajoute un type de décoration qui associe la peinture et le relief en stuc.

Digne d’intérêt est aussi la peinture dite « populaire », dont la caractéristique principale est de représenter les scènes de la vie quotidienne de la population la plus modeste de Pompéi.

En ce qui concerne les mosaïques, il faut constater qu’on n’en a pas retrouvé beaucoup à Pompéi et que les rares exemples conservés concernent pour la plupart la décoration des sols. Celles-ci étaient composées de petites tesselles de pierre, de pâte de verre et surtout de marbre. Les types de mosaïques étaient l’opus tesselatum, à motifs géométriques, l’opus vermiculatum, avec des scènes picturales appelées « emblèmes », et l’opus sectile, composé de marbres polychromes inscrits dans un carré ou dans un cercle ; dans celui-ci aussi étaient représentés des emblèmes.

Hors de la Porte d’Herculanum, sur la voie des Tombeaux, se trouvent de magnifiques villas patriciennes, parmi lesquelles la Villa des Mystères, mise au jour par Maiuri vers 1929-1930.

Elle fut édifiée, presque certainement, vers le milieu du IIIe s. a.C., mais subit au fil des années divers remaniements.

La Villa des Mystères, grâce à son bon état de conservation, au soin avec lequel la fouille fut menée et aux ouvrages qui la protègent, offre, assurément, le plus bel ensemble décoratif mural de Pompéi.

À l’intérieur du triclinium de la Villa des Mystères, on peut admirer une grande frise qui couvre, entièrement, les murs de la salle.

La fresque, qui montre des figures presque grandeur nature, appartient à la période du IIe style.

Les interprétations auxquelles elle a donné lieu sont nombreuses, mais la plus accréditée, à laquelle nous nous en tiendrons, est assurément celle de Maiuri. Il soutenait que la fresque représentait un rite d’initiation à un culte à mystères, probablement dionysiaque, et c’est précisément de là que vient le nom de la villa.

La paroi est divisée en espaces rectangulaires à fond rouge cinabre. À l’intérieur se trouvent d’autres panneaux, formés de lignes fines, et, à l’extérieur, des bandes de marbre vert. En outre, tous les espaces sont séparés par des pilastres de couleur violacée.

La partition architecturale de la paroi n’existe pas en réalité; en effet, les figures sont disposées sur le plan comme si elles étaient représentées sur un fond parfaitement neutre.

La fresque symbolise le rite d’initiation des épouses aux mystères dionysiaques et elle est imprégnée d’une atmosphère abstraite, où la lumière confère au lieu une uniformité qui paraît totalement irréelle.

On dirait presque que l’auteur a traité les figures comme si elles étaient isolées et qu’il a évité tout type de rapport entre elles et l’espace dans lequel elles sont représentées, c’est précisément de là que découle l’absence d’ombres et de lumières.

Il n’existe pas de critère spatial particulier, les figures, en effet, sont toutes peintes de la même manière, avec la même intensité, qu’elles soient placées au premier ou au second plan.

La composition présente une certaine alternance entre personnages assis et personnages debout, en mouvement ou immobiles, et, en outre, il n’existe pas d’interruptions spatiales entre une scène et la suivante.

Tous les personnages, à l’exception de la Furie ailée, sont décrits avec un statisme irréel et surprenant, même si, devant l’ensemble, on éprouve une incroyable sensation d’anxiété et d’attente de quelque chose d’inconnu et d’indéchiffrable.

Il faut souligner que, malgré la richesse du contenu et le parfait équilibre de la composition, on relève quelques profils médiocres et une certaine sécheresse dans l’exécution. Quoi qu’il en soit, l’artiste fait preuve d’une grande habileté. La décoration, fondée sur des couleurs aux tons très vifs, est obtenue par des superpositions de couleur en hachures, qui permettent de créer les volumes, pour arriver ensuite, au moyen de glacis de couleur aquarellée, à définir les détails.

Malgré l’intervention évidente des aides, cette frise témoigne d’un niveau tout à fait supérieur à celui des autres peintures pompéiennes.

Les photographies

Source
Site thais.it de Bruno Balestrini
Ce texte a été traduit de l’original italien avec l’aide de l’intelligence artificielle (Claude). Lire la version italienne.