Enfant à l’asile des pauvres
À l’Exposition universelle de Paris, en 1900, cette œuvre fut exposée à côté des tableaux de Cézanne, et le sculpteur en profita pour dresser, avec un sens critique aigu, une sorte de bilan de sa propre œuvre en la confrontant à l’art du grand maître (il l’avait fait une autre fois avec Michel-Ange) : il se consolait de ne pas s’être trompé de chemin et relevait, avec la subtile ironie qui transparaît aussi, légèrement, dans ses sculptures, qu’il était en bonne compagnie dans le discrédit de la culture officielle. L’affirmation de Rosso, sans cesse répétée, qu’il est impossible d’enfermer une œuvre dans des lignes définies, de même qu’il est impossible d’assigner des limites à la nature (toujours selon la conception philosophique d’un cosmos indéfinissable), trouve une application cohérente dans cette image d’enfant enveloppé dans un châle de laine, attendant qu’on lui donne un peu de nourriture, à l’hospice : autre image extrêmement condensée, allusion fulgurante, synthèse admirable d’une condition humaine et de la peine qu’elle suscite.
Bruno Balestrini (photographie), « Enfant à l’asile des pauvres », œuvre de Rosso Medardo, Sculpture moderne, Rome, Galleria Nazionale d’Arte Moderna. Archives photographiques Bruno Balestrini, https://brunobalestrini.org/cita/sch00277/. Consulté le [date de consultation].