Église Sant’Emiliano
Le long du mur gouttereau sud se trouvent deux autres ouvertures, une baie simple à ébrasement en encorbellement, aujourd’hui murée, avec un arc monolithe (voir photo de la baie intérieure), et une porte rectangulaire donnant sur l’espace rural, qui sembleraient toutes deux remonter à l’époque romane. L’espace intérieur est divisé en trois travées par deux grands arcs en plein cintre reposant sur des piliers carrés adossés aux murs latéraux, construits lors de la restauration du XVIe siècle. Que ces arcs soient postérieurs à l’époque romane est attesté par le fait que le deuxième pilier de gauche, par rapport à l’entrée, est venu recouvrir certaines portions de fresques, récemment remises au jour, que les spécialistes datent des XIVe et XVe siècles. La couverture est formée de poutres en bois apparentes. L’hémicycle absidal et la partie de maçonnerie située immédiatement au-dessus sont entièrement enduits de ciment. Selon les spécialistes, l’abside romane semi-circulaire d’origine fut entièrement surhaussée (d’un mètre environ) en même temps que l’on construisait les arcs transversaux destinés à soutenir la toiture (XVIe siècle), et ce n’est qu’à l’occasion de la restauration du milieu du XXe siècle qu’elle aurait été ramenée à ses formes originelles, par le démontage de la maçonnerie ajoutée et une recomposition conforme à la tendance de l’époque : en témoigneraient précisément l’enduit en ciment de l’intérieur, certaines petites arcatures et leurs petites consoles, ainsi que certaines des pierres formant la corniche saillante sous le toit de l’abside, qui trahissent un lissage des faces apparentes exécuté avec un outillage moderne (fraise), sans oublier le tronçon de lésène resté pris dans la maçonnerie de l’hémicycle absidal extérieur. Des doutes et des perplexités subsistent néanmoins sur l’ampleur de ces travaux de restructuration, puisque, à l’exception du prolongement hypothétique de cette lésène tant vers le bas que vers le haut, le reste de l’appareil extérieur de l’abside ne présente pas de ruptures évidentes ni d’incohérences structurelles, même si l’habile reconstruction opérée par les restaurateurs, si précise que seul un œil exercé peut la déceler, a cependant négligé de remettre en place la seconde lésène symétrique. Les maçonneries intérieures présentent les mêmes caractéristiques de construction que l’extérieur, bien que l’intervention d’entretien, réalisée par l’insertion de mortiers de ciment entre les moellons, y soit plus évidente. Les fresques partiellement conservées laissent supposer que tout l’intérieur était orné d’un décor peint. Sur le mur sud, les restes sont désormais illisibles. On distingue à peine un visage d’enfant et une partie de celui de sa mère, qui se superpose à une autre portion peinte dont il ne reste qu’un fragment de bordure qui devait encadrer une autre scène. Les restes présents sur le mur nord sont en revanche mieux conservés, bien qu’interrompus par l’un des piliers du XVIe siècle qui soutiennent les arcs transversaux : ici, vers l’entrée principale, on reconnaît une scène d’Annonciation : la figure de la Vierge au centre et celle de la servante à gauche restent hypothétiques, tandis qu’à droite l’archange Gabriel, la main gauche levée, est clairement désigné par son nom ; les trois figures sont insérées dans un encadrement de trois couleurs, ocre, rouge et vert, portant des inscriptions en caractères gothiques et surmonté d’un motif végétal rouge pourpre (datable du XVe siècle, voir photo fresque 1). À la suite, après le pilier, vers la zone absidale, apparaissent trois autres figures, plus lisibles (voir photo fresque 2) : de gauche à droite, les spécialistes reconnaîtraient un saint Émilien d’après le type de coiffe en forme de turban (saint Émilien était en effet un personnage qui vécut dans les régions de la mer Noire au IVe siècle), encadré dans un motif géométrique ; à droite suit la figure d’un saint qu’on ne peut identifier plus précisément, tenant un couteau à la main, à côté de laquelle se trouve la figure d’un archange (saint Michel ?). L’exécution de ces trois figures est assez fruste et semblerait l’œuvre d’un artiste différent de celui de la figure angélique de la première portion peinte. L’encadrement sur lequel se détachent les trois figures est nettement différent de celui de la première fresque. Ici aussi, du reste, on observe d’importantes pertes de couleur (en raison du traitement plus sommaire des figures, certains spécialistes penchent pour une datation antérieure à celle de la portion peinte qui précède, XIVe siècle ?). Le long du mur gouttereau sud de l’église s’appuient aujourd’hui les bâtiments ruraux qui, à l’origine, devaient constituer les locaux destinés à la résidence du clergé desservant : à l’appui d’une origine ancienne subsistent certaines portions des fondations (visibles du côté est de l’ensemble), qui présentent sur quelques mètres les mêmes caractéristiques de construction que la maçonnerie inférieure de l’église, comme si elles en étaient le prolongement ou constituaient la base d’une tour-clocher contemporaine de l’église romane. Les maçonneries de l’élévation présentent en revanche des caractères de construction hétérogènes : elles sont faites de galets et de pierres dégrossies de types et de dimensions divers assemblés dans d’épais lits de mortier et disposés en assises assez irrégulières, signe évident, selon les spécialistes, de la reconstruction opérée au XVe siècle pour réaménager et restaurer cette partie de l’ensemble de la piève. À l’intérieur, dans cette partie de la construction, se conserve une pièce couverte d’une voûte en berceau, avec deux ouvertures, elles aussi réalisées lors de la réfection du XVe siècle : une fenêtre rectangulaire à encadrement de terre cuite et, au niveau du premier étage, une fenêtre en arc surbaissé, murée par la suite. Deux autres ouvertures ont été percées lors d’une phase de construction plus tardive encore. Toujours selon des études récentes, peu après la reconstruction de la maisonnette servant de résidence au presbiter, on éleva contre la pièce voûtée en berceau la tour-pigeonnier (les spécialistes datent cette construction du milieu du XVe siècle environ, voir photo du pigeonnier). Ici aussi les maçonneries présentent les mêmes caractéristiques que celles qu’on observe dans la pièce du presbytère : elles sont faites de galets et de pierres peu travaillées, avec des inclusions de terre cuite et de tuiles canal, mises en œuvre avec un mortier abondant et disposées en assises horizontales irrégulières. « L’aspect actuel de la tour n’est pas très différent de son aspect d’origine ; les ouvertures et les éléments architecturaux présents sont en bonne partie ceux du XVe siècle. Les pièces intérieures étaient au nombre de quatre » [1]. On remarquera une portion de corniche saillante sur la face sud, séparant le deuxième étage de la tour de la surélévation aménagée en colombier, qui conserve encore des parties du décor peint d’origine en petites bandes de couleur rouge (voir photo du pigeonnier, détail). À côté de la tour et selon l’axe est-ouest, entre le XVIe et le XVIIe siècle, « on construit, en appui contre elle, un bâtiment à deux niveaux, faisant office de portique et, probablement, de fenil, qui subit au fil du temps quelques transformations, jusqu’à prendre son aspect actuel » [2], d’ailleurs assez hétérogène et dans un état de dégradation évident. L’histoire de l’occupation de l’ensemble de la piève de Sant’Emiliano ne doit cependant pas être dissociée de la présence, sur le replat situé au-dessous de la zone absidale de l’église, d’un important et vaste secteur occupé par une villa rustica d’époque romaine (malheureusement, pour le moment, seulement repérée et encore à explorer archéologiquement). À l’appui de cette hypothèse, dans l’angle inférieur nord-ouest de la façade de l’église est remployé un gros fragment de marbre blanc provenant presque certainement des anciens bâtiments de l’établissement romain (voir photo du soubassement). [1] L. Cervigni : S.Emiliano (Padenghe sul Garda - BS): analisi di una pieve e del suo complesso rurale. [2] L. Cervigni, op. cit.
Bruno Balestrini (photographie), « Église Sant’Emiliano », Églises romanes mineures en Italie, Padenghe, Italie. Archives photographiques Bruno Balestrini, https://brunobalestrini.org/cita/romanico-minore-00015/. Consulté le [date de consultation].