Piève de San Pancrazio
INTÉRIEUR Huit arcs longitudinaux en plein cintre par côté divisent l’espace en trois nefs ; ils sont portés par des piliers cruciformes et des colonnes en alternance (trois piliers et trois colonnes de chaque côté, plus un pilier de plan carré de chaque côté dans la zone surélevée du chœur) (voir photo intérieur) : en réalité, les grandes arcades méridionales ne sont que sept, en raison de l’obturation de la dernière travée au niveau du chœur, effectuée pour réaliser la chapelle baroque de Saint-François et Saint-Charles. Les piliers soutiennent en outre trois grands arcs transversaux qui divisent chaque nef en trois travées. Ceux-ci, tant dans la nef centrale que dans les bas-côtés, sont une réalisation de la Renaissance, construits en briques, à la différence des murs extérieurs, qui sont en pierre. Quoi qu’il en soit, le plan cruciforme des piliers indiquerait qu’un système d’arcs transversaux était probablement déjà prévu à l’époque de la construction romane originelle. La couverture actuelle, à charpente apparente, remonte à la fin du XVIe siècle. On remarquera, dans les parties hautes des murs longitudinaux de la nef centrale, les bouchages en briques qui ont remplacé les consoles de pierre d’origine servant d’appui aux poutres d’une charpente antérieure ou de toits en pente (quelques-unes de ces consoles d’appui saillantes sont encore visibles). Les maçonneries intérieures correspondent à ce qui a déjà été dit pour l’extérieur. Seules les parties basses du revers de façade présentent une exécution moins soignée et, par endroits, les blocs ne sont pas lissés sur leurs faces apparentes. La zone du chœur est fortement surélevée par rapport au sol de l’église ; ce dernier est en revanche en légère pente vers l’entrée occidentale, l’espace correspondant à la première travée étant construit directement à un niveau nettement plus bas que celui des nefs. Il ne subsiste aucun vestige d’une crypte, et il n’est fait aucune mention de son existence à quelque époque que ce soit. Les quatre premières colonnes sont lourdement enduites de stucs de couleur rosée et conservent des restes de fresques (selon le guide, l’enduit atteindrait une épaisseur de plus de dix centimètres, recouvrant une âme monolithe en pierre ; c’est précisément en raison de cette couche épaisse que la circonférence du tore inférieur sur lequel repose le chapiteau est inférieure à celle de la colonne. La troisième colonne à droite en partant du portail principal (côté sud), visiblement plus petite, est la seule visible que l’on puisse attribuer aux structures romanes d’origine ; elle repose sur un lourd bloc monolithe sculpté, sur la face tournée vers la nef centrale, de deux figures en buste vêtues de la toge (voir photo base de colonne) : on a émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’une stèle funéraire romaine ; le bloc se trouve actuellement plus bas que le niveau du sol actuel ; seule la tête féminine reste visible, tandis que la tête masculine a été bûchée. La colonne correspondante du côté nord a en revanche été mise en place lors d’une restauration de la fin du XIXe siècle. Une autre particularité est la base sur laquelle repose la première colonne de droite, qui conserve, un peu au-dessus du niveau du pavement actuel, des restes de fresque difficiles à situer chronologiquement et d’attribution incertaine, peut-être partie de structures anciennes, ou bien même d’exécution postérieure à l’époque romane ; il est certain que la fresque devait aussi se développer en hauteur, et il ne semble pas qu’elle ait dû recouvrir la colonne voisine, puisque celle-ci est déjà lourdement enduite de stucs et de restes de fresques, destinés donc à être vus ; tenter d’attribuer ces restes picturaux à un narthex ou à un autre élément du mobilier liturgique est extrêmement ardu. Les deux premiers chapiteaux au-dessus des colonnes, en partant de l’entrée, d’ailleurs très abîmés, sont des chapiteaux romains de style corinthien, remployés : le premier à gauche (sur une colonne à enduit rosé) a subi de graves dommages. Quelques traces de l’ornementation d’origine se sont conservées, à peine suffisantes pour l’identifier comme un chapiteau de style corinthien orné de feuilles d’acanthe. Il n’y a pas d’imposte. Le premier à droite, également sur une colonne à enduit rosé avec des restes de fresque sur le fût, est lui aussi très abîmé. Ici, en revanche, est en place une imposte en console simplement travaillée. Sur la face ouest subsistent les restes d’un animal (un lion ?) au centre d’un motif de feuilles d’acanthe ; sur la face tournée vers la nef centrale et sur la face est, il ne reste en revanche presque rien ; la face sud, bien que visiblement bûchée, conserve la figure d’un ange (si, comme on l’a supposé, il s’agissait de l’ange symbolisant l’évangéliste Jean, les autres faces auraient porté les symboles des trois autres éléments du Tétramorphe). Les chapiteaux romans de la deuxième paire de colonnes, toujours selon les spécialistes, reprennent des motifs classiques et présentent de notables ressemblances avec ceux de l’église de la Madonna della Strada (ou San Michele) à Belfiore (VR). Toujours sur des colonnes stuquées de couleur rose, le chapiteau de la deuxième colonne de gauche, gravement lacunaire, a les faces est et ouest bûchées, tandis que la face tournée vers la nef centrale conserve les restes d’une aile d’ange et que la face nord, très abîmée, pourrait représenter une Fuite en Égypte (on devine une monture portant une figure nimbée) (voir photo chapiteau fuite en Égypte). Le chapiteau qui lui fait face, à droite, conserve, sur la face tournée vers le chœur, des restes de l’ancien décor, composé d’un visage humain placé au centre, sous l’imposte ; la face sud présente une lunette en très faible relief en position centrale. Les deux autres faces (est et nord) sont totalement illisibles. Des deux dernières colonnes, proches de la zone du chœur, celle de droite (bas-côté sud) est, comme on l’a dit, la seule qui ne soit pas enduite ; réalisée en pierre claire monolithe, elle est surmontée d’un simple chapiteau de type ionique, tandis que celle qui lui fait face a été remplacée par un support moderne lors de la restauration de la fin du XIXe siècle. L’ébrasement des trois fenêtres qui s’ouvrent dans l’abside est souligné par de simples moulures. L’actuel maître-autel, en marbres polychromes, a été réalisé au début du XVIIIe siècle. Dans la zone absidale, on peut admirer, utilisé aujourd’hui comme support d’un lutrin, un fragment d’ambon, remontant vraisemblablement au IXe siècle, en pierre rose de Vérone, découvert fortuitement dans la campagne voisine, où il avait servi de pont. Bien que la pierre soit traversée par une fissure et paraisse visiblement usée, elle conserve, sculptée en relief et encore visible, une croix à rinceaux vers laquelle se tournent six colombes enfermées dans autant de compartiments. Toujours dans cette zone, à l’angle opposé, est posé à même le sol un chapiteau (on ne peut deviner quelle position il occupait à l’origine), dont deux faces seulement sont travaillées et sculptées (voir photo fragment de chapiteau) : la face tournée vers l’autel est très abîmée et ne conserve que dans un angle des traces de l’ancien motif décoratif de feuilles et de caulicoles, tandis que, sur la face tournée vers l’hémicycle de l’abside, le même motif décoratif est mieux conservé (les deux autres faces sont en pierre brute et ne sembleraient pas avoir été préparées pour être sculptées). Le pavement a été refait dans la seconde moitié du XXe siècle, mais, reprenant les niveaux d’origine, il se dispose sur plusieurs plans, soulignant la forte dénivellation entre la zone absidale à l’est, beaucoup plus élevée, et la zone opposée du revers de façade. Les parois intérieures devaient à l’origine, et semble-t-il jusqu’au XIXe siècle, être entièrement couvertes de fresques : il n’en reste aujourd’hui que des fragments. FRESQUES Sur les murs se conservent diverses parties peintes à fresque à différentes époques. Du XIVe siècle datent : dans l’hémicycle absidal, la Crucifixion avec la Vierge, les saintes femmes, Marie-Madeleine et saint Jean (en bas, en caractères gothiques, figurent le nom du commanditaire et celui de l’artiste, avec la date de réalisation de l’œuvre : « (Ba)RTOLAMEUS CLARI DE MONTECLARO MCCCLXXXVII ARTI JOHANINUS SUUS FILIUS FECIT HOC OPUS ») ; à côté, également du XIVe siècle, apparaît une Vierge à l’Enfant en trône. Plus à droite, deux autres fresques présentent des caractères stylistiques d’époque gothique (XIVe siècle) : le Saint Michel archange et la Vierge en majesté. Sous la fenêtre en demi-lune du XVIIe siècle, percée dans le bas-côté nord, est peinte à fresque une Vierge allaitant en trône, datée de 1388. Un peu au-delà de ce portail, vers l’ouest, se conserve l’une des nombreuses représentations de saint Pancrace, figuré ici à cheval avec un donateur. Dans la double bande du cadre est inscrite la date 1389. Sous l’arc triomphal, on voit un autre Saint Pancrace à cheval, considéré comme la plus ancienne représentation de ce saint parmi les nombreuses que conserve l’église. Dans la petite conque de l’abside nord, à gauche, apparaissent trois saints : Marie-Madeleine, saint Pierre et saint Jean avec un donateur, probablement œuvre du même artiste que le Saint Pancrace. Du début du XIVe siècle date aussi la Vierge en trône entre saint Nicolas de Bari et sainte Catherine d’Alexandrie. Du XVe siècle subsistent, sur le mur longitudinal nord, en haut au-dessus de la Vierge allaitant, une figure de saint Pancrace (début du XVe siècle) ; sous la fresque de la Vierge avec saint Nicolas et sainte Catherine d’Alexandrie (XIVe siècle), et en partie superposés à celle-ci, se trouvent des fragments d’une Vierge à l’Enfant (milieu du XVe siècle) et, sur le revers de façade, un autre Saint Pancrace à cheval (XVe siècle). De la fin du XVe siècle datent en revanche certaines des peintures qui décorent les colonnes (voir photo colonne peinte à fresque) : les spécialistes y identifient sainte Marguerite, saint Pancrace, saint Antoine abbé et la Vierge. Plus importantes sont les fresques attribuables au XVIe siècle : toujours dans le bas-côté nord se trouve une Vierge avec des saints, parmi lesquels on reconnaît saint Pancrace, saint Thomas apôtre et saint Thomas d’Aquin, attribuée à Pietro da Carlina le Jeune (assez abîmée). Près de l’entrée latérale nord subsistent quelques fragments d’un Saint Pancrace du Romanino, exécuté entre 1532 et 1536, dont seules restent malheureusement lisibles des parties du cheval, du buste du saint et du paysage du fond. Sur le mur longitudinal du bas-côté sud se trouvent, toujours du XVIe siècle, à hauteur de la deuxième travée à partir de l’entrée, un Saint Pancrace daté de 1543, puis, vers l’est, une fresque de Callisto Piazza da Lodi représentant une Sainte Conversation avec la Vierge et l’Enfant, saint Antoine abbé, saint Roch, saint Pancrace et un donateur (réalisée, selon les spécialistes, vers 1525-1527) ; toujours sur ce côté, attribuée à Zenon Veronese ou comparable à ses œuvres, et datable des premières décennies du XVIe siècle, se trouve la fresque aux cinq saints (saint Pancrace, saint Roch, saint Christophe, saint Antoine abbé et saint Sébastien). D’autres fresques, d’une époque qu’on ne peut préciser davantage, sont, à gauche de la Crucifixion absidale, les deux scènes encadrées représentant deux saints moines, un évêque et un saint guerrier. Incertaine est aussi la datation tant de la Crucifixion avec saint Jean et la Vierge, peinte sur le pilier du chœur, que des peintures avec des scènes de saints au-dessus de la porte donnant accès à l’ancien cimetière (les chercheurs les rapprocheraient de réminiscences de l’école de Ferramola, XVIe siècle) ; pour une description précise des vestiges picturaux conservés dans cet antique monument, on se reportera à des recherches spécifiques plus qualifiées. L’abside méridionale et la travée adjacente du bas-côté sont aujourd’hui occupées par une chapelle construite au XVIIe siècle et dédiée à saint François et saint Charles ; la construction de la sacristie est contemporaine. L’autel de marbre du bas-côté nord, également du XVIIe siècle, est dédié à saint Gaëtan de Thiene. Au mur de ce côté de l’église est accrochée une peinture à l’huile représentant ce saint. À l’extérieur, dans la première cour de l’ancien cimetière, sont exposées quelques meules de granit rosé, utilisées autrefois comme dalles funéraires. CLOCHER Sur le flanc nord de l’église, presque englobé dans l’hémicycle de l’absidiole septentrionale, se dresse le clocher, dont les caractères constructifs et structurels sont nettement différents de ceux de l’église. L’actuelle tour campanaire est le fruit d’une reconstruction radicale de la fin du XVIIe siècle, en remplacement d’une tour plus ancienne d’époque romane, située à l’origine à l’angle nord-est de l’église et effondrée au XIVe siècle. De fait, dans les maçonneries de cette partie de l’édifice (secteur nord-est de la nef centrale et bas-côté attenant), les reprises réalisées en briques, posées notamment en arête-de-poisson et associées à d’autres matériaux de récupération, restent bien visibles. Le sommet de la tour est entièrement construit en terre cuite, de même que les chaînes d’angle (la plupart des maçonneries sont couvertes d’enduit) ; la chambre des cloches est ouverte sur les quatre côtés par de grandes baies en plein cintre ; au sommet se dresse un pinacle de plan polygonal. La tour présente en outre quatre meurtrières sur le côté nord et une meurtrière sur le côté sud.
Bruno Balestrini (photographie), « Piève de San Pancrazio », Églises romanes mineures en Italie, Montichiari, Italie. Archives photographiques Bruno Balestrini, https://brunobalestrini.org/cita/romanico-minore-00026/. Consulté le [date de consultation].