Madeleine pénitente
Une sculpture comme celle-ci comptait sans doute parmi celles qui irritaient le plus les néoclassiques de stricte observance, ces théoriciens rigoureux qui lui reprochaient sans cesse de s’obstiner à inventer au lieu de refaire l’antique, et de s’inspirer du réel. Plus encore, peut-être, jugeaient-ils trop tiède sa condamnation de l’art abhorré du XVIIe siècle : il apparaissait au contraire que le sculpteur vénète avait à plusieurs reprises exprimé son admiration pour le Bernin et pour Rusconi. Il est difficile d’établir des distinctions de quelque sorte que ce soit dans l’œuvre d’un artiste, mais il semble assez évident que les sculptures de Canova qui répondent le mieux au goût averti de notre époque sont précisément celles qui sont nées comme une conséquence naturelle et spontanée de la tradition plastique maniériste et baroque. Il semble même que les expériences, pas toujours heureuses, que le sculpteur menait parallèlement dans une grammaire classicisante plus rigoureuse aient affiné ses penchants naturels, subtilement naturalistes.
Bruno Balestrini (photographie), « Madeleine pénitente », œuvre de Canova Antonio, Sculpture moderne, Gênes, Museo di Sant’Agostino. Archives photographiques Bruno Balestrini, https://brunobalestrini.org/cita/sch00240/. Consulté le [date de consultation].